Une mer sans poissons ?

« La pêche en mer est libre car il est impossible d’en épuiser les richesses », écrivait le hollandais Hugo Grotius dans Mare Liberum, en 1609. Quant à Alexandre Dumas, son Dictionnaire de la Cuisine affirmait que, sans la pêche, si tout le frai des cabillauds arrivait à maturité, leur volume permettrait la traversée de l’océan Atlantique à pied sec, sur leur dos !
De telles affirmations nous font sourire…
Mais le sourire est triste.



Une mer sans poissons ?
« A force d’être mangée par l’homme, la mer se meurt », nous disent Philippe Cury et Yves Miserey dans leur ouvrage « Une mer sans poissons » paru en avril 2008 chez Calmann-Lévy.
La pêche est une cueillette, la dernière cueillette sauvage. Nous l’avons oublié. Nous n’assumons pas la responsabilité de respecter le rythme, la fécondité de la vie marine. Le monde moderne est entraîné - sinon fasciné - par la puissance des moyens technologiques « cueillant » 100 millions de tonnes de poissons par an, dans le monde.

Observons l’étal de nos poissonniers. Que sont-ils devenus, en 20 ans ?

- La taille des poissons s’est réduite : où sont les gros poissons, les thons, les merlus, les raies ? Où sont les pêcheries de Terre Neuve, quand la morue avait 2 m de long ?
La diminution de la taille des poissons n’est pas anecdotique. C’est le symptôme visible d’une profonde déstabilisation. Le stock des gros poissons a chuté de 80% entre 1970 et 1990. La surpêche décime les grands prédateurs pélagiques, ce qui perturbe gravement le fonctionnement de l’écosystème : son équilibre dépend du contrôle de leur prédation.

En milieu marin, la cascade trophique - la chaîne alimentaire - se régule en régime « top-down », depuis les gros prédateurs, vers le « forage fish » - les petits « poissons-fourrage » : sardines, anchois - puis vers le zooplancton et le phytoplancton. Une fois le déséquilibre installé par la sur - exploitation des pêches, un nouveau fonctionnement du vivant se met en place, irréversible, dont la logique condamne les prédateurs pélagiques. Petite morue pourrait devenir grande, mais les œufs de l’espèce, minuscules, et de moins en moins nombreux, n’ont aucune chance d’échapper à l’appétit des autres habitants des mers ! Alors, faute de gros poissons, la pêche puise de plus en plus bas dans la chaîne trophique, capturant des individus de tailles très réduites. Des maillons entiers de la chaîne alimentaire marine ont déjà disparu et, dans le vide laissé par la disparition des grands prédateurs, le déséquilibre multiplie les invertébrés, les indésirables - telles les méduses - ou les algues, dont beaucoup sont toxiques.
Comment arrêter ce « cercle vicieux » ? Seule une vision globale, « éco-systémique », des pêches pourrait apporter le salut, en freinant le processus de déséquilibre.
Un processus respectueux des logiques internes de l’écosystème est à la fois indispensable et difficile à élaborer, à l’image de toutes les problématiques écologiques de notre époque. Beaucoup pensent trouver le salut dans des innovations « techniques » alors qu’il faut un retournement des choix de pêche, le partage d’une vision commune, à l’échelle internationale ; au total, il nous faut, là comme ailleurs, une autre vision de notre rapport au monde ! Pour la gestion des ressources biologiques de la mer, l’alternative est simple : espace de liberté versus durabilité de la ressource ! Il faut choisir. Il est indispensable de mettre en place - vite - une gestion collective du partage équitable, durable, de la ressource halieutique. En n’oubliant pas que la logique des eaux marines n’est pas celle des territoires terrestres : en mer les déplacements de la ressource sont aléatoires et il est difficile de circonscrire des « aires protégées ».

- Nous oublions aussi trop souvent qu’il n’y a qu’un seul Océan sur Terre, malgré les différents noms qu’on lui donne ! Pour l’heure, le droit de la mer donne encore un accès libre aux ressources hauturières. Il faudrait donc une mobilisation générale, une vision politique internationale, une gouvernance mondiale régie par des accords multilatéraux. Certaines initiatives, timides, se font jour. L’agenda de la déclaration de Johannesburg - en 2000 - a prévu une approche éco-systémique des pêches pour 2010 et la fin de la surexploitation pour 2015… Mais seuls 49 pays, dont la France, ont signé.

 Sur l’étal du poissonnier, autres nouveautés, l’apparition d’espèces nouvelles importées des mers du Sud et la déferlante de l’aquaculture passée de 20 à 40% de l’offre. Mais l’aquaculture, nouvelle technologie, n’offre qu’un palliatif dérisoire aux problèmes générés par la gestion des ressources marines.

- Des espèces nouvelles importées des pays du Sud ? Certes, mais il faudrait mieux dire « aux dépens des pays du Sud ». Ceux-ci connaissent à la fois la sur - exploitation de la pêche industrielle venue de l’étranger et une forte déstabilisation de la pêche artisanale nationale. Ainsi, il y a 25 ans, le Sénégal comptait 4 000 pirogues et le mérou abondait dans ses eaux. Aujourd’hui, à l’ère de la croissance démographique, de nombreux agriculteurs migrent vers les côtes et 12 000 pirogues se font concurrence, sans contrôle. Elles ne ramènent dans leurs filets que des sardinettes pleines d’arêtes, et il n’y a plus de mérous… Oublions nos images d’Epinal. Les pêcheurs artisanaux peuvent prélever beaucoup. Ils sont très efficaces quant à leurs techniques et à leurs prises ; dans certains cas, ils sont même plus compétitifs que la pêche industrielle. Quant à la crise de la ressource, elle se double d’un drame social et alimentaire : le poisson est une des sources de protéines les plus simples à obtenir pour les pays du Sud, notamment en Afrique et en Asie-du Sud-Est. Le poisson principale sources de protéines…Oui, à condition qu’il existe encore !

 La pêche industrielle moderne est dévastatrice.
- Quand allons-nous domestiquer les océans ? Telle était la question posée, il y a 50 ans, par les oracles de la modernité. Aujourd’hui, les obstacles à une telle maîtrise ne peuvent plus être cachés. La pêche, phénomène globalisé dès les années 50, additionne les traumatismes bousculant les écosystèmes : la surpêche de la ressource par les bateaux-usines, certes, mais aussi les rejets, la pollution, le changement climatique. Les scientifiques discutent sur l’avenir de telle ou telle espèce, mais un consensus se dégage quant au bilan : il n’est plus possible de continuer le modèle de gestion actuelle.
Le « pêcher toujours plus » : toujours plus loin, toujours plus profond, toujours plus petit, tels sont les mots d’ordre ! La concurrence mondiale crée la course à la technologie, qui génère la surcapacité des flottes et la surexploitation des mers. Les acteurs sont pris dans une terrible compétition : « Le poisson que je ne pêche pas sera pêché par un autre … » Cycle infernal où la puissance technologique se déploie comme une « puissance militaire». Désormais, l’on peut détecter les bancs de poissons par sonar-multi-faisceaux et l’efficacité des dispositifs de concentration forcée du poisson n’est plus à démontrer. Au Pérou, ils permettent aux bateaux de rester immobiles et de faire l’essentiel des prises en moins de 50 jours. Cette pêche industrielle « moderne » se met bien souvent au service d’une production « minotière », celle des anchois et des sardines transformés en huile ou en farine d’alimentation animale.

- Et l’on veut ignorer les « effets collatéraux » du chalutage qui représente 60% des captures mondiales. Ratissant certaines zones du plateau continental jusqu’à 8 fois par an, en Mer du Nord par exemple, les chaluts actuels détruisent les habitats, les éponges, les coraux, et génèrent un immense gâchis : les rejets sont considérables. On en ignore le chiffre exact ; les estimations oscillent entre 10 et 27 millions de tonnes par an. En 2007, l’IFREMER (Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer) dénonçait en particulier la pêche à la langoustine ; 60% du volume pêché est rejeté, perdu… Le pillage systématique, aveugle, rejette petits poissons ou langoustines immatures comme s’ils étaient des produits « sans valeur ». Cette irresponsabilité, cet irrespect, sont à l’image d’une des grandes failles de la modernité : la rupture de notre lien à la nature, la perte de conscience des interactions de tout le Vivant.

- La dynamique est mortifère et, depuis 1985, l’on ne peut plus ignorer l’état dégradé de la ressource, l’effondrement même, pour beaucoup d’espèces. Les subventions des Etats, qui soutiennent la course à la technologie et à la surcapacité, contribuent aux effets pervers d’une telle organisation. Au vu de la situation de 2005, les projections de la FAO ne manquent pas d’être inquiétantes. Au rythme actuel, elles prévoient la fin des ressources halieutiques et des pêcheries, pour 2050 …

 La gestion éco-systémique de la pêche est pourtant possible. Il en existe des modèles.
- Une décision politique responsable peut créer une gestion durable de la pêche. A l’échelle régionale, des exemples significatifs offrent des modèles encourageants. L’un d’entre eux concerne la très productive région du Benguela, sur la côte Ouest de l’Afrique australe, partagée entre la Namibie, au Nord, et l’Afrique du Sud, pour sa partie méridionale. Dans cette région, où règnent des écosystèmes aux très riches potentiels de ressources, des choix différents de gouvernance ont eu des effets opposés et démontrent l’impact du politique. Au Nord, le Benguela sous gestion namibienne est en perdition. Le laxisme du « laisser faire » a transformé en désert liquide une grande région de pêche à la sardine, à l’anchois, au merlu, dont la production a pu aller jusqu’à 1,5 millions de tonnes par an. Aujourd’hui, il n’y a plus RIEN ! Le traumatisme de l’écosystème ne concerne pas que les poissons : les populations d’oiseaux, de manchots, se sont effondrées. En revanche, il y a maintenant des millions de tonnes de méduses, dont nul ne sait se débarrasser…
Mais il n’y a pas de fatalité.

- A quelques encablures, l’approche éco-systémique du Benguela géré par l’Afrique du Sud a mis en place des processus très pragmatiques, organisant la concertation avec les pêcheurs, les informant des enjeux scientifiques, interdisant l’utilisation de certaines zones de pêche. Les choix visent à fixer un point limite de référence, afin de ne pas atteindre le seuil d’irréversibilité. Tout ceci permet un suivi écologique sur le long terme. Enfin ! Le manque de prise en compte du long terme… Voilà encore une faille de notre modernité !
Dans un monde complexe, il est souvent plus aisé de savoir ce que l’on ne veut pas que ce que l’on veut ! Il serait bon d’inverser la tendance….
Certains prônent des « écolabels » de pêche, informant le consommateur sur la logique de la filière et lui permettant d’acheter en toute connaissance et conscience, avant qu’il ne devienne irréversible de vivre « une mer sans poissons.»

Chantal Delacotte.
Géographe, agrégée de l’Université. Après sa carrière dans l’Enseignement Supérieur, comme professeur de Chaire Supérieure en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles, elle anime des rencontres sur les relations entre sociétés et écosystèmes


Dimanche 1 Mars 2009
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