Le naturalisme en héritage…

Crise de l’environnement : La diversité des écologies symboliques (2)
Les certitudes du naturalisme.


Le naturalisme est notre héritage à nous tous, Occidentaux.
Tout petits, nous sommes « tombés dans la marmite » d’une vision qui sépare l’individu et le monde, l’humain et les non humains. Ce dualisme radical est notre univers familier. Mais c’est un univers récent dans l’histoire de l’humanité ; un avatar occidental, clé de voûte d’une nouvelle cosmologie. Cette cosmologie a aujourd’hui une emprise élargie. Elle ne devrait pas oublier que, dans ses prémisses, elle ne concerne qu’une partie des hommes et qu’elle devrait remettre en cause la certitude de son universalité !



Le naturalisme en héritage…
Alors, entrons dans une analyse critique du dualisme naturaliste, à la suite de Philippe Descola et de son ouvrage « Par-delà nature et culture » (NRF, Bibliothèque des Sciences Humaines Gallimard - 2005), dont quelques citations illustrent ce texte.


Le naturalisme affirme une première certitude : la Nature est une évidence qui inscrit humains et non humains dans ses lois ; tous partagent la même physicalité. Avec Descartes, et surtout Darwin, nous savons que l’évolution phylogénétique nous relie à tout le vivant et que les règles de la thermodynamique, de la chimie, s’appliquent à toute chose, à tout être sur la Terre. Flaubert en convient drôlement quand Bouvard et Pécuchet découvrent que notre corps contient « du phosphore comme les allumettes, de l’albumine comme les blancs d’œufs, du gaz hydrogène comme les réverbères… »
Mais au-delà de la trivialité de notre « nature naturelle », il est une autre évidence naturaliste : seuls les humains ont une « intériorité » singulière. La pensée réflexive, la subjectivité, tracent une frontière étanche avec les non-humains. La conscience devient seuil irréversible, emblématique, privilège de notre humanité ; et la Culture, le langage, la pensée symbolique, sont l’apanage du seul l’Homo sapiens sapiens.
A l’échelle de la planète, l’universalisme de la vision naturaliste est pourtant loin d’être évidente.
Le naturalisme s’inscrit même à l’exact opposé de l’animisme que la précédente chronique a exploré. En animisme, tout a une âme, tout le vivant est en interaction, en relation, fait société ; c’est la physicalité, le corps, les formes, qui marquent les discontinuités. Un Jivaro, un Inuit ou un Chinois perçoivent notre cosmologie dualiste comme un étrange « exotisme ».




Le naturalisme : un héritage récent


L’évidence de la Nature marque l’aboutissement d’une histoire spécifique au monde occidental. Elle est le terme d’une lente genèse, d’un long enfantement par lequel, d’étape en étape, une part de l’humanité s’est extirpée de la gangue des objets animés et inanimés.
- Le premier moment est celui de la « phusis » des Grecs de l’Antiquité. Les philosophes, tel Aristote, se risquent à des explications naturalistes : la foudre n’est plus le courroux de Zeus ! Le cosmos peut devenir explicable, chaque phénomène ayant ses causes propres relevant de « sa nature ». Mais en Grèce ancienne, les humains font encore partie de la nature.


- Le christianisme pose, lui, la discontinuité de la transcendance entre humains et non humains. Il étend les influences du judaïsme et les hommes, créés par Dieu à son image, sont extérieurs, supérieurs à la nature. Ce que le Moyen Âge accentue avec la métaphore du « livre de la Nature », création divine, symbole de l’extériorité du monde. Aujourd’hui, les échos de la théologie naturelle n’ont pas disparu dans une certaine vision chrétienne de l’éthique écologique.


- Au début du XVème s, l’art révolutionne le rapport du sujet au monde, quand la peinture des Maîtres flamands invente le « paysage ». Le sacré domine encore la composition des tableaux mais, à l’arrière plan, le dessin d’une fenêtre ouvre sur un paysage profane et réel, une vue construite selon les règles de la perspective.
Il suffira d’agrandir cette fenêtre à l’échelle d’un tableau entier pour que la peinture de paysage devienne un genre autonome.
Cette révolution picturale donne à la « nature » une place de choix et met une distance entre l’homme et le monde. Elle efface même l’homme de la représentation, dès le XVIème s : Bruegel l’Ancien, le premier, choisit de peindre des vues alpestres.
Ce formidable mouvement montre le rôle majeur des artistes et de leurs figurations comme intuition créatrice ; mouvement indissociable de la mathématisation de l’espace, bien avant la révolution scientifique elle-même ! Dürer maîtrise déjà les fondements mathématiques de la perspective linéaire et, comme l’écrit l’historien d’art Panofsky : « La géométrie projective du XVIIème s (…) est un produit de l’atelier d’artiste ». Le philosophe Merleau-Ponty renchérit : « Ce ne sont pas les découvertes scientifiques qui ont changé l’idée de Nature. C’est le changement de l’idée de Nature qui a permis ces découvertes. »


- Au terme d’une longue évolution, les XVIIème et XVIIIème siècles commencent la construction moderne de la « Nature ».
Deux citations de Philippe Descola témoignent de cette mutation majeure.
« Désormais muette, inodore, impalpable, la nature est vidée de toute vie. Oubliée la bonne mère, disparue la marâtre, seul demeure l’automate ventriloque dont l’homme peut se rendre ‘ comme maître et possesseur ‘. » (p. 97). Et c’est « une idée chère à l’Occident que la nature est une évidence universelle dont aucun peuple, si sauvage soit-il, ne saurait manquer de percevoir l’unité. » (p. 104)


Avec la mécanisation du monde se confirme le « grand partage » dualiste, la rupture radicale entre l’homme et la Nature. Il serait absurde de nier les indices suggérant la différence entre l’humain et les « objets » naturels. Nous en percevons les marques dès la petite enfance. Cependant, elles ne doivent pas cacher les indices d’une continuité graduelle, tout aussi nombreux. Dans ses Essais, Montaigne exprime l’intuition de la confraternité des êtres quand il écrit : « nous ne sommes ny au dessus, ny en dessous du reste : tout ce qui est sous le ciel dit le Sage court une loy et fortune pareille (…) Il y a quelques différence, il y a des ordres et des degrez ; mais c’est soubs le visage d’une même nature (II, 12, 168). D’ailleurs, à y réfléchir, les limites entre humains et non humains sont-elles aussi franches que l’affirme le naturalisme ? Ne dépendent-elles pas des critères choisis : pourquoi serait-ce le langage plus que la mobilité ? Ou plus que la Vie ? Nous pourrions méditer ces mots d’Alfred North Whitehead : « Les bords de la nature sont toujours en lambeaux »…




L’héritage d’un ethnocentrisme dualiste difficile à extirper


Le naturalisme a ses beautés : la distance mise entre l’homme et la Nature a permis le développement des sciences et l’idée de progrès ne manque pas de retombées bénéfiques.
Mais faire de l’opposition franche entre Nature et Culture un fait universel a légitimé l’ethnocentrisme occidental, solide et difficile à extirper.
- La coupure naturaliste permet de réifier « la Nature », de transformer en objets exploitables à merci toutes ses composantes : minérales, végétales, animales. On le sait, cette réification incite à gérer sans mesure et sans respect les règnes, les éléments, les ressources naturelles et les écosystèmes. Elle fait le lit de ce que l’on appelle la « crise de l’environnement », dont on ne peut plus nier les symptômes.


- Le naturalisme occidental conduit aussi à un ethnocentrisme qui juge de façon parfois arrogante les autres visions du monde. L’anthropologie, « fille du dualisme », est contaminée par la cosmologie d’une Nature unique et universelle, seul étalon de tous les systèmes du monde ! La recherche anthropologique n’aurait-elle pour mission que de répertorier les manières différentes dont « les cultures » particulières gèrent LA Nature ? Si l’anthropologie pose comme seule norme la dualité du monde et l’existence universelle de l’idée de Nature, comment peut-elle comprendre des peuples qui ont fait l’économie de cette vison du monde ?
Ainsi, qualifier de « pensée magique » ou de « superstition » l’ « anent », le chant que le chasseur Achuar adresse à sa proie, c’est trahir la pensée profonde des Amérindiens d’Amazonie. C’est exiger que les peuples « autres » découvrent l’ « ordre naturel des choses », le niveau de « raison » que possède l’Occident et que tous n’ont pas su (encore !) atteindre… Ranger ainsi, d’emblée, ces « autres » dans notre lot commun est très ambigu : l’on peut y voir l’intention louable d’affirmer l’unité de l’humanité en sous entendant que, derrière le voile de certaines superstitions, les rituels des pré-modernes préfigurent une pensée scientifique en tâtonnement ; l’on peut aussi y voir un obstacle à la juste compréhension des ontologies et des cosmologies qui diffèrent de la nôtre, ce qui nous prive d’appréhender ce qui fait leur part singulière dans la condition humaine.
Le chasseur Achuar qui piste sa proie connaît parfaitement – rationnellement - son environnement. Il ne bascule pas, soudain, dans l’irrationnel quand il entonne son chant magique. Au contraire, considérant l’animal comme une personne, il fait preuve de « civilité » en s’adressant à lui et sait que l’incantation n’est pas « magique » au sens où elle pourrait, à elle seule, débusquer la proie ; en revanche, le chant noue une relation. Pour ces populations « autres », la relation est essentielle : c’est cette relation que le chant met en scène, en respectant les positions de chacun, chasseur et animal.
Re-créer du lien entre l’homme et l’ « environnement », n’est ce pas ce que nous, Occidentaux, devrions redécouvrir ? N’est pas une des conditions, (la seule véritable ?), permettant la résolution de « la crise » ?


De plus, demande Philippe Descola, « les végétariens sont-ils si différents du chasseur Achuar lorsqu’ils refusent de manger du veau et pas des épinards ? » et « Est-il si choquant d’admettre que les Jivaros, les Samoyèdes ou les Papous puissent n’avoir point conscience que les humains se distinguent des non humains ? » (p. 127).
Quoiqu’on en dise, nous faisons tous des choix contrastés dans la façon d’entrer en relation avec telle ou telle espèce ; y compris dans le monde naturaliste… Y a-t-il plus de superstition chez un Achuar que chez un végétarien européen ?


Peut-être serait-il sage de comprendre que, pour chacun(e) - quelque soit son environnement et sa culture - les représentations mentales et la dimension « symbolique » de ses actions sont des moyens puissants de cheminer dans la trame des choses ?


Chantal Delacotte.


Géographe, agrégée de l’Université. Après sa carrière dans l’Enseignement Supérieur, comme professeur de Chaire Supérieure en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles, elle anime des rencontres sur les relations entre sociétés et écosystèmes.



Samedi 7 Novembre 2009
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