La diversité des écologies symboliques (4)

On l’a vu, la « nature » inanimée, réifiée, coupée de l’humain, n’existe que pour le naturalisme ; mais cette vision occidentale, récente, prétendant que SA vision est LA seule possible fut « un coup de force ethnocentrique silencieux » 
Face au dualisme naturaliste, et avec l’animisme, deux autres visions des relations nature-culture montrent au contraire l’intrication entre les humains et les non humains, les « objets naturels » : analogisme et totémisme complètent notre tableau des quatre grandes visions anthropologiques de la nature et témoignent de la palette des usages du monde.



La diversité des écologies symboliques (4)
L’analogisme ou les résonances entre nature et culture, en un monde fractionné

Avec l’interprétation analogique du monde, « tout est dans tout, et réciproquement !» Pour cette perception de l’extrême complexité, les hommes, les animaux, les plantes, dessinent une foule bigarrée de voisins qui se différencient autant par leur intériorité, leur essence, que par leur physicalité, leurs formes, leur substances : « chacun est ancré dans un lieu, poursuit ses buts, accroché bon gré mal gré à tous les autres dans un écheveau de correspondances sur lesquelles il n’a pas prise » p. 296
Les mondes de l’analogisme partagent l’angoisse d’un monde fractionné où humains et non humains sont constitués de multiples parties, instables, mobiles et en permanente recomposition. On serait bien en mal de tracer une frontière entre nature et culture, même si le kaléidoscope de l’analogisme diffère beaucoup des vivions animistes faites, elles, de personnes individualisées et identifiables sous la diversité de leur apparence.
A l’angoisse du fractionnement répond une obsession de l’analogisme : celle de rendre intelligible ce monde émietté, friable, grâce à un réseau serré de correspondances, d’affinités entre les humains et les non-humains, à travers un « souffle cosmique » qui les traverse.

Le meilleur outil de la relation analogique est la recherche des résonances entre macrocosme et microcosme, entre l’homme et le cosmos. L’humain  devient la mesure de tout l’univers, oriente l’enchevêtrement des similitudes ; il est un « modèle réduit », donc maîtrisable…
Ainsi, dans la cosmologie des Bambara du Sénégal, étudiée par l’anthropologue Amadou Hampaté Ba, le démiurge Maa-nala voyant qu’aucune créature n’était apte à devenir son interlocuteur préleva en chaque existant une petite partie et mélangea le tout pour créer l’être l’humain, microcosme de toutes les entités qui peuplent le monde. Françoise Héritier décrit le même processus chez les Samo du Burkina Faso et l’on trouve le même schème chez les Dogon où certains arbres - tels les hommes - tiennent la palabre !  

Comme pour chaque type de relations nature-culture, l’analogisme se déploie depuis longtemps sur toute la planète, en un grand archipel. Aujourd’hui, cette vision reste prégnante au Mexique où, sur le plateau central, les Nahuas gardent bien des traits de leur passé précolombien : les quatre composantes de la personne humaine sont, pour certaines, partagées par les plantes et les animaux, ou même un objet naturel. L’Inde ou la Chine portèrent le mode d’identification analogique à son plus haut degré de raffinement ; l’on connaît la correspondance intime entre la santé de l’Empereur chinois - microcosme suprême - et l’état de la société ou des éléments naturels. Chine et Inde contemporaines en gardent de profondes traces. Mais le mode analogique est aussi un de nos héritages puisque, jusqu’au XVIème siècle, et selon les mots de Michel Foucault : « la ressemblance a joué un rôle bâtisseur dans le savoir de la culture occidentale ». Quant à Philippe Descola, il  nous invite à observer «  qu’aux yeux des conquérants européens du XVIème siècle, les Aztèques devaient sembler moins mystérieux qu’ils ne le sont pour les savants modernes. » p. 289.

Dans les mondes de l’analogisme, comment pallier l’angoisse de la complexité ?
La quête passe non seulement par la recherche des résonances, mais aussi par des systèmes hiérarchisés de classement universel et par des rituels. Tous ont pour but de réduire les incertitudes, de tisser une trame d’affinités, d’attractions, de mettre de l’ordre, de la continuité, dans le chaos discontinu du monde. Le désir de stabilité s’appuie aussi sur les matériaux élémentaires de la « nature », réputés avoir partout les mêmes propriétés : c’est le cas de la doctrine antique des 4 éléments : terre, eau, feu, air ; c’est le cas des 5 éléments chinois : bois, feu, terre, métal, eau, s’engendrant les uns les autres. Cette stabilité de la matière élémentaire a sûrement facilité la transition entre analogisme et naturalisme au moment du « changement de paradigme » en Occident, entre Renaissance et Âge classique, quand « L’analogisme a accouché du naturalisme.»

Une autre angoisse de l’analogisme est celle de l’incertitude sur l’identité. La multitude des composants en équilibre sont mobiles, nomades, et il y a danger de possession, d’aliénation par une puissance extérieure : la transmigration des âmes, la réincarnation, la métempsychose signent beaucoup des représentations analogiques où nature et culture sont accablées sous le poids de la fatalité, du destin… L’on peut remarquer qu’il y a des différences considérables entre la « possession » analogique - qui décompose les éléments de la personne envahie par une autre intériorité -  et la « métamorphose » animiste, où le chamane entre volontairement en communication avec l’esprit auxiliaire animal, son alter ego. En Amazonie, si l’on revêt un vêtement animal, seule l’enveloppe corporelle change et l’on garde son intégrité ; de même, boire de l’ayahuasca n’importe pas une intériorité extérieure. Au contraire, le breuvage sacré délivre du carcan physique et décuple la clairvoyance, la communication avec son âme.



Le totémisme, ou la « fusion » nature-culture

Le totémisme, c’est l’ « Idée que l’homme et la nature forment un tout organique… à la fois vivant et social » p. 217. Cette fois, il y a hybridation physique et psychique entre le collectif humain, ou l’individu humain, et l’espèce animale ou végétale qui est son totem. Le totem donne le nom, l’individualité, au groupe dans lequel humains et non humains partagent les mêmes caractères et se distinguent, en bloc, des autres communautés. Cette fois, intériorités et physicalités des humains et des êtres naturels entrent en intimité, en relations indissociables.
C’est le schéma inverse de l’analogisme et c’est aussi fort différent de l’animisme où, rappelons-nous, la relation est toujours d’une personne humaine à une personne animale, ou végétale.

Le totémisme aborigène australien demeure exemplaire de cette interprétation du monde.
Dans cette cosmologie, les êtres originaires, ou « êtres du Rêve », sont eux-mêmes des hybrides : ils sont humains par leur comportement, leur langage, l’intentionnalité, mais ils ont l’apparence ou le nom de plantes ou d’animaux. Les êtres du Rêve, « Elan ordonnateur » du monde, surgirent brusquement, chacun en un lieu précis ; leurs pérégrinations, leurs itinéraires, restent  lisibles dans les rochers, les points d’eau, les bosquets… Chaque être du Rêve disparut en un site porteur de l’affiliation totémique pour les hommes, les plantes, les animaux qui y vivent, depuis l’origine jusqu’à jamais... En effet, l’être du rêve n’est ni un « héros », ni un « ancêtre », mais le prototype de la réalité sociale et naturelle : le processus des êtres du Rêve n’est pas celui d’un temps mythique ou d’un passé lointain ; les potentiels laissés là où chaque être du Rêve a mis son empreinte s’actualisent sans cesse. Le cosmos totémique est une dynamique renouvelée où fusionnent hommes et lieu, intériorité et physicalité, nature et culture !
Mais le totémisme australien n’est pas monolithique ; ils se décline au moins en une douzaine de formes différentes.
Ainsi, le totémisme « individuel », désigne celui du sorcier fusionné avec son espèce animale, souvent un reptile qui peut se matérialiser en un animal particulier. « L’essence de l’espèce animale est devenue son essence » p. 211. Là encore, il y a différence avec l’animisme et il serait superficiel d’y lire un processus semblable : si sorcier totémiste et chamane animiste poursuivent le même but - aider les hommes à guérir et pallier leur misère - le chamane ne fusionne pas avec son animal auxiliaire ; il passe seulement un « contrat d’alliance, d’assistance » avec un individu-esprit.

L’Australie des Aborigènes illustre le schème totémique, mais elle n’est pas la seule. Ce schème existe ailleurs, notamment en Amérique. C’est le cas de nombreux peuples amérindiens du Sud-Est des Etats-Unis. C’est aussi le cas des les Amérindiens Ojibwa des Grands Lacs américains : l’on a emprunté le mot « totem » à leur langue. Chez les Algonquins du Nord se mêlent des éléments animistes et totémiques et les Cree nouent des relations de dépendance avec les espèces animales qu’ils considèrent comme les propriétaires légitimes des terrains de chasse : les hommes n’en ont que l’usufruit.


Au total, s’il y a quatre grandes visions de la relation entre nature et culture, avec de notables ou subtiles différences, l’on peut dire aussi qu’il y a « porosité » entre ces mêmes interprétations. Chacune des matrices structurant l’identification, la perception, la pratique du monde prédomine en un temps, en un lieu, mais les formes hybrides ne sont pas rares et se succèdent dans la temporalité… Chacune et chacun de nous en porte les traces, même si chaque aire culturelle a sa marque singulière. « L’animisme, le totémisme, l’analogisme ou le naturalisme peuvent s’accommoder de la présence discrète des autres » conclut Philippe Descola,  p. 234.

Il est donc de la responsabilité de chacune et chacun d’entre nous de réfléchir aux idées reçues et à l’arrogance de la modernité pour s’ouvrir à toutes les composantes du monde. Il ne s’agit pas de les copier ou de les idéaliser ; il s’agit d’imaginer de nouveaux modes de conciliation, « par delà nature et culture. »
Loin du catastrophisme, et sans nier la gravité des difficultés, c’est le défi créatif que nous proposent la « crise de l’environnement » et la recherche de sa résolution.
C’est un des défis d’une nouvelle anthropologie, à venir.
C’est un défi de notre temps.

Chantal Delacotte.

Géographe, agrégée de l’Université. Après sa carrière dans l’Enseignement Supérieur, comme professeur de Chaire Supérieure en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles, elle anime des rencontres sur les relations entre sociétés et écosystèmes.

Les citations, en italiques, sont des extraits de « Par-delà nature et culture » - Philippe DESCOLA - NRF, Bibliothèque des sciences humaines - Gallimard - 2005

Samedi 9 Janvier 2010
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