Ethique animale vs. éthique environnementale : même combat ?

Cycle 2010 « Réflexion sur la crise de l’environnement » - Musée du Montparnasse/Espace Krajcberg
« Être veilleur de diversité » - Synthèse de la soirée du 8 mars 2010
Intervenants : Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Docteur en sciences politiques et en philosophie, chercheur à l’ENS Ulm et spécialiste de l'éthique animale www.jbjv.com et Baptiste Lanaspèze, philosophe et fondateur des éditions Wildproject consacrées à la pensée écologiste www.wildproject.fr



Ethique animale vs. éthique environnementale : même combat ?
Le dialogue entre les deux intervenants permet d’analyser les convergences et les divergences des deux éthiques. Il y a une conjonction de fond entre elles : l’intérêt pour le monde des non humains et la critique de l’anthropocentrisme. Les différences nous renseignent sur la diversité des sensibilités.

- L’éthique animale, présentée par Jean Baptiste Jeangène Vilmer, accorde une même considération à la souffrance humaine et animale et étudie les intérêts de l’animal-individu, comme être singulier et sensible pour lequel nous avons une responsabilité morale. Mais de quel animal parle-t-on ? L’éventail est large depuis l’animal sauvage, d’élevage, l’animal domestique, l’animal d’agrément, etc. Une des bases de l’éthique animale est sa dénonciation du spécisme qui discrimine l’homme et l’animal, et les espèces animales entre elles sur des critères irrationnels : « J’adore les animaux… mais je mange du jambon ». Le spécisme le moins pensé concerne les poissons, « loin » de nous par leur environnement et l’expression d’une souffrance inhabituelle pour l’homme : peu de saignement, pas de cris… L’éthique animale, discipline surtout anglo-saxonne, se décline cependant en une grande diversité de positions. Avec Peter Singer, les utilitaristes insistent sur la nécessité de réduire la souffrance par une approche rationnelle qui donne à l’animal la jouissance de ses capacités : puisque la poule volète, comment justifier l’élevage industriel en batterie qui l’en prive cruellement ? Les déontologistes suivent Tom Regan et refusent, par principe, toute exploitation de l’animal ; d’où, entre autre, le choix du végétarisme et de ses variantes. Quant à la « libération animale », il ne s’agit pas de relâcher dans la nature des animaux domestiques incapables d’y survivre mais, par la fin de l’élevage, de ne plus produire de nouvelles générations.

- L’éthique environnementale, exposée par Baptiste Lanaspèze, est le nom académique donné à la philosophie de l’écologie. Deux grands penseurs en sont Arne Næss et J.Baird Callicott ; ils remettent en question nos conceptions de la nature et de l'humanité, en proposant de cesser de définir l'une par opposition à l'autre. Cherchant les principes d'un nouvel humanisme qui reconnaisse la naturalité de l'homme, ils engagent à abandonner les visions réductionnistes de la nature. Ce projet philosophique global invite à quitter l’écologie anthropocentrique « superficielle », « shallow ecology », où la nature est ressources ou décor et n’a pas de valeur en dehors de l’homme, pour adopter la « Deep Ecology », « Ecologie Profonde », où la nature possède une valeur en soi. Elle propose aussi d’avoir une « interprétation citoyenne de la nature1 » et s’intéresse à l’animal comme animal-espèce, partie prenante de l’équilibre de l’écosystème. Il s’agit donc d’étendre l’éthique à l’ensemble de l’écosphère ; l’éthique animale ne serait-elle qu’une branche appliquée de l’éthique environnementale, philosophie globale ? Question de Baptiste Lanaspèze à laquelle Jean Baptiste Jeangène Vilmer répond par la négative. Le végétarisme dessine une autre divergence. Il ne se justifie pas pour l’éthique environnementale qui considère que la chaîne alimentaire prévaut partout dans la nature ; au contraire, il prédomine pour les tenants de l’éthique animale qui le déclinent de façon plus ou moins stricte, du végétarien qui ne consomme pas de viande, au végétalien qui s’abstient de tout sous-produit animal comestible, jusqu’au végane qui refuse quelque sous-produit que ce soit, y compris cuir ou laine…Le débat est à la fois cordial et intense entre les deux interlocuteurs qui concluent qu’il peut y avoir des ouvertures entre les deux éthiques, si elles consentent à ne pas être « autistes ».

La complexité et la richesse du dialogue des intervenants et des échanges avec les participants furent telles qu’une fiche de synthèse ne peut en donner qu’une vision succincte. Pour approfondir, nous renvoyons donc à la bibliographie proposée et aux sites des intervenants.

1 Expression de John Baird Callicott dans "Genèse : la Bible et l'écologie » - Editions Wildproject - 2009

Samedi 3 Avril 2010
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